En 2026, un kWh produit par vos panneaux peut valoir 1,1 centime ou environ 19,4 centimes. Le rapport est de près de 18 pour 1. Et cette différence ne dépend ni de la marque de vos panneaux, ni de la qualité de la pose. Elle dépend d’une seule chose : ce que vous faites de cette électricité au moment précis où elle est produite.
C’est le point que la plupart des devis passent sous silence. On vous annonce une production annuelle — 4 000, 6 000, 9 000 kWh — comme si ce chiffre suffisait à mesurer la rentabilité. En 2026, il ne suffit plus. Voici pourquoi, chiffres à l’appui.
Le marché a changé brutalement : la valeur du surplus a été divisée par 11
Jusqu’à récemment, revendre son surplus de production au réseau était un vrai levier de rentabilité. Ce n’est plus le cas.
| Date | Valeur d’1 kWh injecté au réseau |
|---|---|
| Avant mars 2025 | 12,69 c€ |
| 27 mars 2025 | 4 c€ |
| 5 juin 2026 (arrêté S21) | 1,1 c€ |
En quinze mois, la valeur réglementée d’un kWh solaire injecté est passée de 12,69 à 1,1 centime — divisée par plus de onze. L’arrêté du 1er juin 2026 a fixé le tarif de rachat du surplus (EDF OA) à 1,1 c€/kWh HT pour les nouvelles installations concernées, indexé de 2 % par an sur 20 ans.
Dans le même temps, le kWh que vous n’achetez pas au réseau — parce que vos panneaux couvrent votre consommation à ce moment-là — reste autour de 19,4 c€ TTC (Tarif Bleu Base, 6 kVA, février 2026).
La conséquence est simple : en 2026, la rentabilité du solaire ne se joue plus sur la revente. Elle se joue sur l’autoconsommation — la part de votre production que vous utilisez directement chez vous.
Deux maisons identiques, 439 € d’écart par an
Prenons deux maisons qui produisent exactement la même chose : 6 000 kWh par an. Mêmes panneaux, même toit, même production. La seule différence : leur taux d’autoconsommation.
| Maison A | Maison B | |
|---|---|---|
| Production | 6 000 kWh | 6 000 kWh |
| Taux d’autoconsommation | 30 % | 70 % |
| Consommés sur place | 1 800 kWh | 4 200 kWh |
| Injectés au réseau | 4 200 kWh | 1 800 kWh |
| Valeur annuelle | 395 € | 835 € |
(Calcul : kWh autoconsommés × 0,194 € + kWh injectés × 0,011 €.)
Même installation, même production, mais 439 € d’écart chaque année. Sur 20 ans, sans même compter l’évolution des prix de l’électricité : 8 784 € de différence.
Voilà pourquoi « produire 6 000 kWh » ne veut plus dire grand-chose en soi. Ce qui compte, c’est ce que vous en faites.
La bonne unité de mesure : que valent 100 kWh chez vous ?
Les milliers de kWh annuels parlent peu. Descendons à une échelle concrète : 100 kWh produits, et ce qu’ils deviennent selon votre profil.
- Maison A (30 % d’autoconsommation) : 30 kWh consommés + 70 kWh injectés → 30 × 0,194 + 70 × 0,011 = 6,59 €
- Maison B (70 % d’autoconsommation) : 70 kWh consommés + 30 kWh injectés → 70 × 0,194 + 30 × 0,011 = 13,91 €
Les mêmes 100 kWh solaires valent donc 6,59 € ou 13,91 €. Plus du double, à production identique.
La métrique à retenir : chaque tranche de 10 points d’autoconsommation vaut ~110 €/an
Sur une production de 6 000 kWh, gagner 10 points d’autoconsommation, c’est déplacer 600 kWh de la case « injecté à 1,1 c€ » vers la case « évité à 19,4 c€ ».
Le gain : 600 × (0,194 − 0,011) = environ 110 € par an.
Cette règle permet de vous situer immédiatement. Passer de 40 % à 60 % d’autoconsommation, c’est environ 220 € par an sur 6 000 kWh produits. Sur la durée de vie de l’installation, l’effet est considérable.
Quel taux d’autoconsommation votre maison peut-elle vraiment atteindre ?
C’est la vraie question. Et la réponse honnête, c’est : ça dépend de votre mode de vie, pas de vos panneaux. Les taux réellement observés se situent souvent entre 45 % et 65 %, en raison du décalage classique entre la production (en journée) et la consommation (souvent le soir).
Voici cinq profils et ce qu’ils impliquent :
- Maison vide de 8 h à 18 h : faible consommation diurne → autoconsommation naturellement basse. C’est le cas le plus fréquent, et le plus pénalisant sans adaptation.
- Télétravail : présence en journée → consommation régulière qui coïncide mieux avec la production.
- Chauffe-eau électrique pilotable : une charge importante que l’on peut déplacer en milieu de journée → gain d’autoconsommation facile.
- Piscine + climatisation : forte consommation estivale, en phase avec les pics de production solaire.
- Pompe à chaleur + véhicule électrique : consommation élevée mais complexe à synchroniser → potentiel important si bien piloté, décevant sinon.
Le dimensionnement (3, 6 ou 9 kWc) et l’intérêt d’une batterie découlent directement de ce profil. Un devis qui propose une puissance sans avoir analysé votre courbe de consommation vend un chiffre de production, pas une rentabilité.
Comment lire votre devis autrement
Avant de signer, la bonne question n’est pas « combien mes panneaux vont-ils produire ? » mais « combien de cette production va réellement réduire ma facture ? ». Pour y répondre, il faut croiser :
- votre consommation annuelle et sa répartition dans la journée ;
- vos horaires de présence ;
- vos équipements déplaçables (chauffe-eau, lave-linge) ;
- vos gros postes (PAC, piscine, climatisation, recharge VE) ;
- la puissance proposée et la production mensuelle estimée.
C’est ce croisement qui transforme un chiffre de production en euros réels sur votre facture.
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Chiffres et sources : tarif de rachat du surplus EDF OA fixé à 1,1 c€/kWh HT (indexé +2 %/an sur 20 ans) par l’arrêté du 1er juin 2026 modifiant l’arrêté « S21 » du 6 octobre 2021, applicable aux demandes de raccordement déposées à partir du 5 juin 2026 ; suppression de la prime à l’autoconsommation par le même arrêté. Prix du kWh évité : Tarif Bleu Base 6 kVA, 0,194 €/kWh TTC (tarif réglementé de vente, révision du 1er février 2026).
Références officielles :