Depuis novembre 2025, Enedis déplace une partie de vos heures creuses vers le milieu de journée. Pas sur demande, pas au choix : automatiquement, à distance, via votre compteur Linky. Onze millions de foyers sont concernés d’ici octobre 2027.
Si vous n’avez pas de panneaux, c’est une nouvelle tiède : de l’électricité moins chère l’après-midi, à condition de décaler vos usages.
Si vous en avez, c’est autre chose. Votre ballon d’eau chaude, s’il est piloté par le contacteur heures creuses, va se mettre à chauffer pendant que votre toit produit. Et cette électricité-là, vous ne l’achetez pas : vous la fabriquez. Ce qui pose une question désagréable, parce que nous avons publié le 15 juillet un article expliquant que le routeur solaire était le meilleur investissement de l’année.
Il l’est toujours. Mais plus pour tout le monde, et voici pourquoi.
Ce qui change exactement (et quand)
Le principe ne bouge pas : huit heures creuses par jour, week-ends et jours fériés compris. C’est leur répartition qui change.
Concrètement, ces huit heures se scindent désormais en deux blocs : au moins cinq heures consécutives la nuit (entre 23 h et 7 h) et jusqu’à trois heures en journée, dans une fenêtre allant de 11 h à 17 h. Les créneaux exacts sont décidés par Enedis en fonction de votre point de livraison, pas par votre fournisseur — deux voisins peuvent avoir des horaires différents, et il n’est pas possible de connaître les siens à l’avance.
Le calendrier, parce qu’il détermine si vous êtes concerné aujourd’hui ou dans six mois :
- 14,5 millions de foyers sont en option heures pleines / heures creuses. Parmi eux, 3,5 millions ont déjà des plages compatibles avec les nouvelles règles : rien ne changera pour eux.
- 11 millions basculent entre novembre 2025 et octobre 2027.
- Phase 1 : de novembre 2025 à juin 2026, 1,7 million de foyers. Elle est terminée.
- Phase 2 : de décembre 2026 à octobre 2027, 9,3 millions de foyers supplémentaires, avec cette fois une saisonnalité — des créneaux différents entre l’été (1er avril – 31 octobre) et l’hiver (1er novembre – 31 mars). Les professionnels seront traités en fin de chantier, en 2027.
Autrement dit : si vous n’avez encore rien reçu, vous êtes probablement dans la phase 2, et votre tour viendra cet hiver. Enedis prévient chaque foyer par courrier environ un mois avant.
Le point technique qui compte pour la suite : la mise à jour se fait à distance, y compris pour les usages asservis — comprendre : votre chauffe-eau, s’il est raccordé au Linky par le contact sec. Personne ne passera chez vous. Votre ballon changera d’horaire sans que vous ayez rien à faire, et sans que vous le sachiez si vous ne lisez pas le courrier.
L’objectif d’Enedis est explicite : aligner les heures creuses sur les moments où l’électricité est abondante — c’est-à-dire, en été, sur le pic de production solaire de la mi-journée.
Sans panneaux solaires : une bonne nouvelle, à condition de faire quelque chose
Soyons clairs, parce que c’est notre façon de faire : cette réforme ne rapporte rien à qui ne change rien.
Vous conservez huit heures creuses. Si vous les utilisiez la nuit et que vous continuez à tout programmer la nuit, votre facture ne bougera pas d’un centime — vous aurez juste trois heures de tarif réduit inutilisées l’après-midi, et trois heures de tarif réduit en moins pendant votre sommeil.
Le gain existe si vous décalez réellement : ballon, lave-linge, lave-vaisselle, recharge de voiture en télétravail. Le kWh en heures creuses est à 0,1579 € contre 0,2065 € en heures pleines (tarif réglementé, 6 kVA, juillet 2026). Basculer 1 000 kWh par an d’heures pleines vers heures creuses, c’est environ 49 € — réels, mais modestes.
Et pendant ce temps, la part réseau de votre facture continue de grimper : le TURPE augmente de 3,04 % au 1er août, ce qui donne la hausse du réseau au 1er août dont nous avons détaillé la mécanique.
Une nuance que nous devons poser, même si elle nous dessert : des heures creuses en pleine journée réduisent légèrement l’intérêt d’installer des panneaux pour un profil qui consomme surtout l’après-midi. Une partie de ce que le solaire vous faisait économiser, le réseau vous le vend maintenant un peu moins cher. Un peu. Pas beaucoup — 0,1579 € reste très loin de ce que coûte un kWh que vous produisez vous-même.
Avec des panneaux : ce que la réforme fait vraiment à votre ballon
C’est ici que l’essentiel se joue, et c’est ici que la plupart des articles se trompent.
On lit un peu partout que la réforme serait un piège : votre ballon chaufferait « au tarif heures creuses » pendant que vos panneaux produisent, et vous paieriez une électricité que vous auriez pu vous fournir gratuitement.
C’est faux, et c’est important de comprendre pourquoi.
Votre compteur ne facture pas ce que vous consommez : il facture ce que vous soutirez du réseau. Quand votre ballon tire 2 kW à 14 h et que votre toit produit 3 kW au même instant, l’électricité part de vos panneaux vers votre ballon sans jamais passer par le compteur d’Enedis. Vous soutirez zéro. Le tarif affiché sur le créneau — heures creuses, heures pleines, peu importe — s’applique à zéro kilowattheure. Vous ne payez rien.
Donc non, la réforme ne vous fait pas payer votre eau chaude. Elle fait exactement l’inverse : elle déplace la chauffe de votre ballon de 2 h du matin, où il tirait forcément du réseau, vers 14 h, où il tire d’abord de votre toit.
C’est, très précisément, ce que fait un routeur solaire. Gratuitement. Sans matériel. Sans électricien.
Ce que ça vaut, à l’unité
Faisons le calcul comme nous le faisons toujours — à l’unité, parce que le total dépend de votre toit.
Avant la réforme, votre ballon chauffait la nuit, en heures creuses, sur le réseau : chaque kWh vous coûtait 0,1579 €.
Après la réforme, sur les kWh qu’il prend à vos panneaux, il ne vous coûte pas zéro : il vous coûte le surplus que vous ne vendez plus, soit 0,011 €/kWh depuis l’arrêté S21 du 1er juin 2026.
Écart : 0,1469 € par kilowattheure basculé. Pour un poste eau chaude de l’ordre de 2 000 à 3 000 kWh par an sur un foyer de quatre personnes, chaque tranche de 500 kWh que le soleil couvre à la place du réseau vaut environ 73 €.
Nous ne vous donnerons pas de total annuel, et personne d’honnête ne le peut : votre créneau exact est décidé par Enedis, votre production dépend de votre toit, et la moitié de l’année votre ballon chauffera de toute façon sur le réseau parce qu’en décembre, à 14 h, il n’y a pas grand-chose à prendre. Ce qui est certain, c’est l’unité : 14,7 centimes par kWh que vous basculez du réseau vers votre toit.
Le routeur solaire, après la réforme
Nous avons écrit le 15 juillet que le routeur solaire était le meilleur euro investi du solaire résidentiel. Nous maintenons — mais nous devons ajouter une condition que nous n’avions pas posée.
Si vous êtes en option heures pleines / heures creuses et que votre créneau bascule l’après-midi, la réforme capte une bonne partie de ce que votre routeur allait vous rapporter. Elle le fait mal, mais elle le fait, et elle ne coûte rien.
Nous l’avions à moitié écrit : « si votre ballon tourne déjà en heures creuses, vous ne remplacez pas du kWh à 0,194 € mais du kWh au tarif heures creuses, plus bas ». Ce que nous n’avions pas anticipé, c’est que ces heures creuses allaient se déplacer sous le soleil.
Ce qui reste au routeur — et ce n’est pas rien
Le contacteur est en tout-ou-rien. Le routeur module. C’est toute la différence. À l’ouverture du créneau, votre contacteur ferme et le ballon démarre à pleine puissance — 2 000 à 3 000 W — que le soleil produise ou non. S’il ne produit que 800 W à cet instant, le complément est soutiré du réseau et facturé. Un routeur, lui, n’envoie que le surplus réellement disponible, watt par watt, et ne soutire jamais rien.
Vous êtes en option Base. Pas d’heures creuses du tout, donc rien à déplacer : le routeur garde l’intégralité de son intérêt, et son calcul reste celui de notre article — 0,183 € par kWh routé.
Vous n’avez pas encore basculé. 9,3 millions de foyers attendent la phase 2, entre décembre 2026 et octobre 2027. D’ici là, rien ne change pour vous.
Votre créneau ne tombe pas au bon moment. « 11 h – 17 h » est une fenêtre, pas un horaire. Selon votre poste source, vous pouvez hériter de 11 h – 14 h quand votre toit est orienté ouest et produit surtout après 15 h.
En hiver. La saisonnalité de la phase 2 peut vous rendre des heures creuses nocturnes de novembre à mars. Le routeur, lui, prend ce qu’il y a quand il y en a.
Le résumé honnête : si vous êtes en HP/HC, que votre créneau est déjà passé l’après-midi et que votre toit produit correctement à ce moment-là, attendez avant d’acheter un routeur. Regardez d’abord ce que fait votre ballon tout seul pendant un mois. C’est gratuit, et c’est la seule façon de savoir ce qu’il vous resterait à gagner.
Le vrai piège : deux maîtres pour un seul ballon
Il y en a un, de piège, mais il n’est pas là où on le dit.
Si votre ballon est à la fois asservi aux heures creuses et raccordé à un routeur, les deux se marchent dessus. À l’ouverture du créneau, le contacteur ferme et le ballon chauffe à fond, en soutirant si nécessaire. Une heure plus tard, le ballon est chaud et le routeur n’a plus rien à router : votre surplus repart sur le réseau à 1,1 centime, et votre routeur à 400 € regarde passer les trains.
Un ballon, un maître. Si vous choisissez le routeur, il faut sortir le ballon de l’asservissement heures creuses — c’est une intervention simple sur le contacteur jour/nuit, à faire par votre électricien. Si vous choisissez les heures creuses, ne mettez pas de routeur.
L’idéal, si votre matériel le permet, est un pilotage qui donne la priorité au solaire et ne bascule sur les heures creuses qu’en secours, quand la journée n’a pas suffi. C’est ce que doit savoir faire le gestionnaire d’énergie (EMS) obligatoire depuis 2026 sur les installations en TVA réduite. Si votre installation date de fin 2025 ou après, appelez votre installateur et demandez ce que votre EMS pilote réellement avant d’acheter quoi que ce soit — c’est le premier réflexe, et il est gratuit. Le raisonnement complet est dans notre article sur les routeurs solaires.
Quant à la batterie, elle ne change rien à cette histoire : elle stocke pour le soir, pas pour l’eau chaude. Son calcul est ailleurs, et nous l’avons détaillé pour une batterie de stockage.
Ce que votre ballon peut prendre au soleil dépend d’abord de ce que votre toit produit à 14 h.
Entrez votre adresse : on affiche votre toit vu du ciel et on estime ce qu’il peut réellement produire, heure par heure. Gratuit, 2 minutes, sans engagement.
Dans quel ordre s’y prendre
Du gratuit au coûteux, comme toujours.
- Trouvez vos créneaux réels. Espace client de votre fournisseur, rubrique « caractéristiques de votre contrat », ou espace Enedis avec votre numéro de point de livraison. Vous saurez en deux minutes si vous êtes déjà basculé.
- Regardez ce que fait votre ballon. S’il est asservi et que votre créneau est passé l’après-midi, il chauffe peut-être déjà au soleil sans que vous le sachiez. Un mois d’observation vous dira ce qu’il vous reste à gagner.
- Vérifiez votre EMS, si votre installation date de fin 2025 ou après. Il sait peut-être déjà arbitrer. C’est gratuit à configurer.
- Décalez le reste. Lave-linge, lave-vaisselle, recharge du véhicule : sur le créneau de l’après-midi, ils prendront d’abord vos panneaux, et le réseau au tarif réduit ensuite.
- Envisagez un routeur seulement s’il reste du surplus après tout ça — c’est-à-dire si vous êtes en option Base, si votre créneau tombe mal, ou si votre production dépasse largement ce que le contacteur sait exploiter.
Les questions que tout le monde se pose
Pourquoi mes heures creuses changent en 2026 ?
Enedis réaligne les heures creuses sur les moments où l’électricité est abondante, notamment le pic de production solaire de l’après-midi. Vous gardez huit heures creuses par jour, dont au moins cinq consécutives la nuit, et jusqu’à trois heures basculent dans la fenêtre 11 h – 17 h. La bascule est automatique via Linky.
Comment connaître mes nouveaux horaires ?
Enedis vous prévient par courrier environ un mois avant. Vos plages figurent ensuite dans l’espace client de votre fournisseur et sur enedis.fr avec votre numéro de point de livraison. Il n’est pas possible de les connaître à l’avance, et vous ne les choisissez pas : elles dépendent de votre poste source.
Mon chauffe-eau va-t-il chauffer l’après-midi maintenant ?
Oui, s’il est asservi au Linky par le contact sec. La mise à jour se fait à distance, sans intervention chez vous. Si vous avez des panneaux, c’est une bonne chose : il prendra d’abord votre production.
Est-ce que je vais payer mon eau chaude alors que mes panneaux produisent ?
Non. Votre compteur facture ce que vous soutirez du réseau, pas ce que vous consommez. Ce que votre ballon prend à vos panneaux ne passe pas par le compteur et ne vous est pas facturé, quel que soit le tarif du créneau.
Faut-il piloter le ballon sur le surplus solaire ou sur les heures creuses ?
Un seul maître à la fois. Les deux ensemble se neutralisent : le contacteur chauffe le ballon à fond dès l’ouverture du créneau, et le routeur n’a plus rien à router. Si vous gardez le routeur, sortez le ballon de l’asservissement heures creuses.
Faut-il encore acheter un routeur solaire ?
Cela dépend de trois choses : votre option tarifaire, votre créneau, et votre production à ce moment-là. En option Base, oui, le calcul est inchangé. En heures pleines / heures creuses avec un créneau déjà passé l’après-midi, observez d’abord un mois : la réforme fait peut-être déjà l’essentiel du travail. Le détail est dans notre article sur les routeurs solaires.
La réforme va-t-elle augmenter ma facture ?
Pas mécaniquement. Elle est neutre si vous ne changez rien — vous perdez des heures creuses la nuit, vous en gagnez l’après-midi. Elle est favorable si vous décalez vos usages, et nettement favorable si vous produisez votre électricité.
En résumé
Onze millions de foyers voient leurs heures creuses se déplacer vers la fenêtre 11 h – 17 h entre novembre 2025 et octobre 2027 — 9,3 millions d’entre eux à partir de décembre 2026. Huit heures creuses par jour, dont cinq au moins la nuit, bascule automatique par Linky, courrier un mois avant.
Si vous avez des panneaux, ce n’est pas un piège : c’est un cadeau. Votre ballon chauffera au soleil au lieu de chauffer sur le réseau, sans que vous achetiez quoi que ce soit. À 14,7 centimes gagnés par kilowattheure basculé, c’est une partie du gain d’un routeur, gratuitement.
Ce qui reste au routeur, c’est la finesse : il module là où le contacteur fait du tout-ou-rien, il ne soutire jamais, et il fonctionne en option Base comme en hiver. Mais si vous êtes en heures creuses avec un créneau bien placé, il rapporte désormais nettement moins que ce que nous écrivions le 15 juillet. Nous préférons vous le dire.
Regardez d’abord ce que votre ballon fait tout seul. Achetez ensuite, si ça vaut encore le coup.
Méthodologie et sources
Valeur d’un kWh d’eau chaude basculé du réseau vers le solaire : prix du kWh en heures creuses (0,1579 € TTC, tarif réglementé de vente, option HP/HC, 6 kVA, juillet 2026) moins le tarif de rachat du surplus perdu (0,011 €/kWh HT), soit 0,1469 €. Pour un foyer en option Base, la référence est le prix du kWh Base (0,1940 €), ce qui porte l’écart à 0,183 €. Consommation d’eau chaude retenue : 2 000 à 3 000 kWh/an pour un foyer de quatre personnes avec un ballon de 200 L — ordre de grandeur issu de sources sectorielles, à défaut d’un référentiel public consolidé. Nous ne publions volontairement pas de gain annuel total : le créneau attribué dépend du poste source, la production dépend du toit et de l’orientation, et la saisonnalité rend toute moyenne annuelle trompeuse. Ces montants sont des ordres de grandeur.
Le tarif réglementé évolue au 1er août 2026 (hausse d’environ 1 % TTC liée à l’évolution du TURPE, en attente de la délibération définitive de la CRE). Les valeurs de cet article seront actualisées dès la publication des barèmes.
Sources officielles :
- Réforme des heures creuses, calendrier, phases et volumétrie : Enedis, « Enedis met en œuvre la réforme des heures creuses » (enedis.fr) et « Modification des heures creuses : ce qui change à partir du 1er novembre 2025 » (enedis.fr).
- Structure des plages (8 h/jour, au moins 5 h consécutives entre 23 h et 7 h, jusqu’à 3 h entre 11 h et 17 h) : Enedis, sources ci-dessus.
- Tarifs réglementés au 1er juillet 2026, option HP/HC 6 kVA (HP 0,2065 €/kWh, HC 0,1579 €/kWh) et option Base (0,1940 €/kWh) : grilles du Tarif Bleu EDF, relevés concordants de plusieurs comparateurs (juillet 2026).
- Tarif de rachat du surplus à 1,1 c€/kWh HT et suppression de la prime à l’autoconsommation : arrêté du 1er juin 2026 (tarif S21), applicable au 5 juin 2026 (photovoltaique.info).
- Évolution du TURPE au 1er août 2026 (+3,04 % distribution) : CRE, délibération relative à l’évolution annuelle des tarifs d’utilisation des réseaux publics d’électricité.
- Obligation d’un gestionnaire d’énergie (EMS) pour la TVA à 5,5 % : Service-Public, « Changement de TVA pour les panneaux photovoltaïques » (service-public.gouv.fr).